La Nouvelle Revue d'Histoire n°33

dirigé par Dominique Venner

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L’Orient lointain

Le sujet que nous abordons dans notre dossier pèse du poids le plus lourd sur notre présent et notre avenir. Selon l’expression de Fernand Braudel, l’Orient est redevenu ce qu’il était au XVIe siècle, « le cœur dangereux du monde».

Les imprévus d’une très longue histoire ont fait que l’Europe, bien qu’elle ait pourtant son centre d’équilibre en elle-même, s’est trouvée mêlée aux affaires d’un Orient qui lui est profondément étranger. Tout avait commencé avantmême Alexandre. Les anciens Grecs, nos pères spirituels, n’ignoraient pas l’Orient, autrement dit l’Asie. La curiosité immense d’Hérodote en témoigne. Les nombreuses colonies grecques établies sur la côte asiatique de l’Égée impliquaient aussi des rapports constants. Mais les Grecs étaient beaucoup trop attachés à leur être profond pour céder à la tentation de l’exotisme. D’admirables vestiges montrent partout qu’ils avaient reproduit jusque dans la pierre des temples et des théâtres une structure mentale qui faisait de la beauté l’expression immanente du divin.

Il fallut attendre les conquêtes d’Alexandre et ses rêves fous d’empire universel, pour que les Grecs se fassent, avec grande réticence, les conquérants d’un monde qui leur était étranger et dans lequel, avec une admirable obstination, ils refusèrent de se fondre. Les conséquences imprévisibles furent immenses. L’esprit grec imprégna peu à peu les peuples conquis. Ainsi se forma ce que les historiens appelleront le monde hellénistique qui s’étendait plus loin que le Proche-Orient actuel et plus loin que l’Égypte des Ptolémées. Le monde sémite de la Mésopotamie et de la grande Syrie, coloré d’esprit grec, est celui qui verra naître le christianisme.

Observateur fin, cultivé, perspicace, T. E. Lawrence, celui que l’on appellera « Lawrence d’Arabie », a laissé à ce sujet dans Les Sept Piliers de la sagesse(1),des réflexions éclairantes tirées de son expérience.

Pour commencer, il s’interroge sur la part spirituelle commune aux peuples d’Orient: « Dès l’abord éclate chez eux je ne sais quelle universelle netteté ou dureté de croyance, quasi mathématique dans ses limites […] Le clavier visuel des Sémites n’a pas de demi-tons. Ce peuple voit le monde sous des couleurs primaires ou, mieux encore, en contours découpés, noir sur blanc. Son esprit dogmatique méprise le doute, notre moderne couronne d’épines. Il n’entend rien à nos hésitations métaphysiques. Il connaît simplement la vérité et la non-vérité, la croyance et la non-croyance, sans l’indécise continuité de nos nuances subtiles.»

Lawrence développe cette vision en noir et blanc de l’Oriental : « Son imagination est vive; elle n’est pas créatrice. Il y a si peu d’art arabe en Asie qu’on peut presque le négliger […] Ils n’ont pas inventé non plus de systèmes philosophiques ou des mythologies complexes. […] La plus grande industrie des Arabes est la fabrication des croyances: ils ont presque le monopole des religions révélées. Trois de ces élans se sont affermis chez eux, et deux sur trois ont supporté l’exportation (sous une forme modifiée) chez les peuples non sémitiques. Le christianisme, traduit en grec, en latin, en teuton suivant l’esprit de ces langues diverses, a conquis l’Europe et l’Amérique. L’Islam, en différentes métamorphoses, soumet encore l’Afrique et quelques parties de l’Asie (2). Ce sont là les succès des Sémites. Ils gardent pour eux leurs échecs. La frange des déserts arabes est jonchée de croyances brisées. »

Après de passionnants développements qu’on ne peut citer, vient encore cette remarque: « Le trait commun à toutes les croyances sémites, heureuses ou malheureuses, fut toujours et partout le mépris du monde terrestre. Une violente réaction contre la matière entraînait les prophètes à prêcher la nudité, le renoncement et la pauvreté. Une pareille atmosphère mentale enivrait implacablement de ses fumées l’esprit des hommes du désert. »

Peut-être, nos forêts et certaines dispositions naturelles nous en ont-elles préservés ?

 

  1. 1.T. E. Lawrence, Les Sept Piliers de la sagesse, traduction de Charles Mauron, Payot, 1936 et 1986, chapitre III, p. 49 et sq.

  2. 2. Ce fut écrit peu après 1920.

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