La Nouvelle Revue d'Histoire n°26

dirigé par Dominique Venner

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Histoire d’une résurrection

Quand tout cède au chaos, la bonne question est: «Combien de temps cela pourra-t-il durer?» Question à laquelle, bien entendu, il n’existe pas de réponse. Une seule certitude, un beau jour le point de rupture surviendra, provoquant l’explosion du système. Dernier exemple en date, l’implosion imprévue du communisme en Russie et dans toute l’Europe orientale à partir de 1990. Un autre exemple plus ancien est celui du prodigieux retournement français qui suivit la défaite de 1870.

En apparence, rien de commun avec la France d’aujourd’hui. En apparence… L’état de l’enseignement, sujet de notre dossier, est pourtant un terrible indicateur de délabrement. Sur fond de banlieues incendiées, la transmission des savoirs n’est plus assurée, tandis que progressent toutes les violences.

Quelques livres de professeurs en colère donnent une idée de ce qu’est devenue l’institution dont, jadis, la France était si fière: La Fabrique du crétin (Jean-Paul Brighelli), L’École à la dérive (Évelyne Tschirhart), L’Enseignement mis à mort (Adrien Barrot)… Les titres d’essais ou de chroniques d’auteurs installés sont également révélateurs de l’état des lieux. «Nous sommes en 1788» écrit Michel Winock. «La France qui tombe» pronostique Nicolas Baverez. «Le Malheur français» annonce Jacques Julliard. «La République désintégrée» suggère Alain-Gérard Slama.

Écrivant au lendemain de Sedan son célèbre essai La Réforme intellectuelle et morale de la France (1871), Renan décrivait l’état dans lequel était tombée la France de son temps: «Le pays s’enfonçait dans un matérialisme hideux… Tout se perdait dans une mollesse générale…»

Commencée dans l’euphorie, la folle guerre de 1870 ne mit pas deux mois à tourner au désastre, entraînant la chute du régime. Mais devant la guerre perdue, devant les horreurs de la Commune, devant l’amputation de l’Alsace et de la Moselle, oui, devant cette immense commotion, le pays fut bouleversé en profondeur. L’inattendu se produisit. La «mollesse générale» fit soudain place au réveil des énergies.

Avec l’accord de tous, dans l’école et dans l’armée, va commencer l’immense réforme intellectuelle et morale souhaitée par Renan.

Brusquement arrachés aux rêves qu’ils avaient nourris sous l’Empire, les républicains sont les premiers à soutenir le retournement. «Le pays,écrira plus tardJules Ferry, a tourné le dos pour jamais aux utopies périlleuses.» Les plus illustres représentants de la pensée humanitaire, Michelet, Littré, Quinet, Renan, Sand, désavouent leurs anciennes positions. Les hommes de la nouvelle République vont réserver à l’école la première place. Mais la formation martiale sera inséparable de l’œuvre éducative. Gambetta l’a proclamé à Bordeaux dès le 26juin 1871: «Il faut mettre partout à côté de l’instituteur le gymnaste et le militaire, afin que nos enfants soient aptes à manier un fusil.» Le patriotisme dans sa forme guerrière va tenir la première place dans l’enseignement.

L’intention est d’en faire la religion laïque dont l’instituteur et l’officier exerceront le sacerdoce. Ministre de l’Instruction publique dans le grand ministère Gambetta de novembre 1881, Paul Bert songe à une éducation de style spartiate où l’école prépare à l’armée. À son initiative, une Commission de l’éducation militaire présidée par Paul Déroulède est installée au ministère. Des «bataillons scolaires» sont organisés militairement et dotés de fusils.

Fondée sous le Second Empire dans un esprit humanitaire et pacifiste, la Ligue de l’enseignement elle-même a basculé. Son fondateur, Jean Macé, préface en 1885 un Manuel de tir à l’usage des écoles primaires et des bataillons civiques. La Ligue se fixe désormais pour objectif de «développer parmi la jeunesse le goût des institutions militaires…» Dans leur écrasante majorité, et au-delà même de la terrible cassure de l’affaire Dreyfus et de la laïcité, les instituteurs resteront passionnément fidèles à l’esprit assigné à l’école nouvelle par ses fondateurs. Ils fourniront à l’armée de 14-18 la masse courageuse et disciplinée de ses recrues.

Que partout en Europe on ait fait ensuite un usage désastreux de ces qualités, c’est une autre question. Dans l’histoire des grands retournements, retenons celui qu’a produit, de la façon la plus imprévue, l’immense traumatisme de 1870. L’avenir en réservera d’autres.

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