La Nouvelle Revue d'Histoire n°7

dirigé par Dominique Venner.

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Éternité des civilisations

Si l’histoire donne des instruments pour interpréter le présent, elle n’a pas le pouvoir d’anticiper l’avenir. Les prévisions les plus sérieuses sont toujours démenties par les inattendus. Ce qu’offre l’histoire à l’égard du futur, c’est autre chose. Elle permet d’ouvrir l’imagination à la variété des possibles avec une ampleur qui surclasse la prospective politique ou économique. Elle enseigne notamment que rien n’est jamais écrit, que l’imprévu est la règle. C’est pourquoi, dans les périodes sombres, quand l’avenir semble irrémédiable, la connaissance du passé se révèle le meilleur antidote au désespoir et à la fatalité.

L’histoire montre par exemple que les retournements sont une constante. Aucun siècle ne se termine comme il a commencé. C’est vrai pour l’Antiquité comme pour les périodes appelées modernes. Moins de cinquante ans séparent la fin des guerres médiques du début des guerres du Péloponnèse. Les cités grecques s’étaient coalisées, elles vont se déchirer. Témoin du dernier siècle avant notre ère, Salluste était convaincu que Rome avait péri sous ses yeux dans la corruption des mœurs et les horreurs de la guerre civile. Quelques décennies  plus tard, commençaient le règne d’Auguste et la fondation de l’Empire. Au début de notre XVIe siècle, le bas clergé était favorable à la Réforme. Soixante ans plus tard, il était devenu son pire ennemi, fournissant les gros bataillons de la Ligue. De siècle en siècle, on pourrait multiplier les exemples de toute nature, y compris pour la Chine, cette puissance faussement immobile.

Oui, l’imprévu est la règle dans l’histoire des États et des nations. En revanche, à l’échelle toute différente des civilisations, c’est moins l’imprévu qui domine que les longues permanences, sous l’apparence des changements. Fernand Braudel, l’historien français qui s’est le plus intéressé à leur destin, dit fort justement que les civilisations sont des réalités de très longue durée. N’en déplaise à Paul Valéry, elles ne sont pas “mortelles” à l’échelle d’une vie individuelle. Leurs pathologies n’ont pas non plus le catactère irréversible imaginé par Spengler.Et si des catastrophes géantes sont capables de les détruire, comme pour les Aztèques et les Incas, c’est l’exception, tant la capacité de survie des civilisations est grande. Le plus souvent, ce que l’on interprète comme une mise à mort est une mise en sommeil. Le périssable, ce sont les formes apparentes, telles les institutions, alors que les racines des civilisations sont pratiquement indestructibles.

La part romaine de la civilisation européenne avait semblé mourir quand lui fut imposé le christianisme. Mais un regard non convenu repérera sa survivance en Occident durant les siècles chrétiens et au-delà. Les révolutionnaires et Napoléon ne se voulaient-ils pas romains jusqu’à la caricature ?

On a pu dire encore que la Renaissance avait mis au cœur de la Chrétienté une civilisation païenne qui en était la négation. En réalité, née en Grèce sur le rameau hellène des Indo-Européens, se survivant ensuite à Rome, cette civilisationn’a jamais été déracinée. En Occident, l’Église s’est coulée dans le moule impérial dont elle tire sa force. La philosophie d’Aristote lui offrit ses justifications rationnelles. Son enseignement moral était calqué sur celui des stoïciens. Et pour s’attacher l’immense peuple des campagnes, elle reprit à son compte les anciennes fêtes rituelles, le culte des sources sacrées et celui des divinités familières auxquelles elle donna des noms de saints.

Il en a été de même partout ailleurs. Les religions nouvelles ont rarement remplacé ou supprimé les civilisations anciennes. Elles ont été le moyen par lequel les civilisations ont survécu à la ruine de structures épuisées. Même l’islam, la plus violente des croyances nouvelles et la plus fermée aux compromissions, n’a pas échappé à cette règle. Les Omeyyades déplacèrent leur capitale de Médine à Damas, ville hellénistique et byzantine. De la cathédrale de Théodose, ils firent une grande mosquée. Son architecture byzantine servit de modèle dans tout le monde arabe, y compris pour la Coupole du rocher à Jérusalem. Renversant les Omeyyades en 750, les Abassides voulaient restaurer la pureté de l’islam. Mais, ayant fait de l’Iran le centre de leur pouvoir, ils en épousèrent sans le savoir la civilisation. S’appuyant sur de hauts fonctionnaires persans, les califes abbassides adoptèrent l’étiquette et les règles de l’ancien empire sassanide dont ils firent revivre l’art et la littérature…

Civilisation, culture, tradition, sont des notions voisines au point d’être interchangeables dans le langage courant. La culture est première dans l’ordre chronologique. Elle se rapporte à la permanence des mentalités profondes. Elle est créatrice de sens .La civilisation est une culture qui a reçu une forme historique, fondatrice d’un ensemble de qualités propres dans l’ordre matériel, intellectuel, artistique et moral. La tradition est l’âme d’une culture et d’une civilisation. On peut parler de civilisations mères et de civilisations secondes. Ainsi la civilisation chinoise est-elle la mère de plusieurs civilisations secondes d’Asie orientale, Corée, Japon ou Vietnam.

Comme les cultures, les civilisations sont irréductibles les unes aux autres. Ce sont des personnes ayant leur destin.Dans l’espace, elles s’étendent au-delà des limites des États et des nations. Réalités de longue durée, elles survivent aux bouleversements politiques, économiques ou religieux. Elles dépassent en longévité les autres réalités collectives. Elles ont l’éternité pour elles. Il en est ainsi de la civilisation européenne, en dépit de ce qui la défigure aujourd’hui et des menaces qui l’assaillent.

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