La Nouvelle Revue d'Histoire n°6

dirigé par Dominique Venner.

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Réflexions sur une guerre

Sous nos yeux, le monde a cessé d’être immobile. Le déroulement de la guerre d’Irak a montré que les choses peuvent même changer d’un jour à l’autre. On ne répètera jamais assez que l’histoire est le lieu de l’inattendu. Elle se fait sous nos yeux, accumulant les imprévus en cascade. Les Européens en sont ébahis. Bercés par les promesses de l’hédonisme mou, ils avaient fini par croire que rien ne bougerait plus.

Bien que l’Irak n’ait été pour rien dans l’attentat du 11 septembre, la guerre qui lui a été faite est la conséquence de cet événement. Touchés au vif dans leur orgueil par un adversaire insaisissable, lesÉtats-Unis ont réagi sans considération pour la mesure. Et ce n’est certainement qu’un début. La griserie que procure le sentiment de la puissance illimitée fait mauvais ménage avec la raison.

Voici peu, un conseiller du gouvernement américain, Michael Ledeen, déclarait : “Qui aurait pu imaginer que la France et l’Allemagne puissent être nos ennemis stratégiques [il a dit ennemis] et se comportent comme tels ?(1) En effet, elle était tout à fait imprévisible cette indépendance affichée par la France et l’Allemagne à l’égard de l’hyperpuissance. Inutile de s’attarder pour le moment sur ses causes. Retenons le fait, en prévoyant que les conséquences ne seront pas effacées de sitôt. La grande puissance a la rancune tenace et la riposte rapide. On l’a vu quand la « lettre des Huit » du 30 janvier 2003, opposa ses inconditionnels aux velléités d’autonomie des nations de la “vieille Europe”, suivant le mot du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. Initiative qui a provoqué une fracture sans précédent au sein de l’Union européenne, prouvant la capacité d’intervention de la puissance impériale pour briser dans l’œuf toute tentative d’émancipation.

Des changements, il en est d’autres. La guerre d’Irak a également mis en miettes les institutions internationales auxquelles on était requis de croire. Finie l’ONU ce “moulin à paroles installé sur l’East River”. C’est Richard Pearle, bras droit de Rumsfeld, qui en a fait le constat dans ces termes(2), concédant que l’on maintiendra peut-être, pour la galerie, les “bonnes œuvres”, lutte contre la faim ou le sida. L’ironie méprisante du propos montre en quelle estime Washington tient l’humanitaire, ce hochet jeté en pâture à la crédulité des foules.

Oui, cette époque est rafraîchissante et son pouvoir pédagogique est grand. Sur tous les tons, onnous avait enseigné que le monde, à l’exemple des États-Unis, s’était désormais affranchi de l’amoralisme d’antan, des rapports dictés par la force et l’égoïsme des nations, pour entrer dans l’ère de la conscience morale, du droit international garanti par l’ONU, institution inventée et voulue par les Américains. Et voilà que les inventeurs de la morale internationale passent aux aveux. Tout ce théâtre n’était que frime. La seule réalité, comme toujours et depuis le premier matin du monde, disent-ils, c’est la force, la force qui prime le droit et en dicte les règles. On s’en doutait un peu. Mais maintenant l’imposture est levée par le gouvernement américain lui-même : “Nous nous moquons bien du Conseil de sécurité et de l’ONU, nous avons fait la guerre à l’Irak parce que tel était notre bon plaisir et notre intérêt”. Quel choc ! Un peu comme si le pape en personne déclarait que Dieu est une foutaise.

Les répercussions n’ont pas fini de se faire sentir. La démocratie américaine était justifiée par sa prétention à incarner la morale, le Bien contre le Mal. Mais que penser de la morale quand elle sert àcouvrir une guerre d’agression contre un petit pays exsangue qui ne menaçait en rien les États-Unis ? Certes, on a “libéré” les Irakiens d’un “tyran”. C’est une chanson qui a déjà beaucoup servi. L’ennemi de la puissance morale est toujours un tyran. Pourtant, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie centrale, en Chine et ailleurs, de nombreux tyrans prospèrent dans l’indifférence générale et avec labénédiction de la “grande démocratie”. À croire donc, que le renversement du “tyran”, jadis armé et choyé par les Américains eux-mêmes, répondait à d’autres motifs, moins avouables et beaucoup plus réalistes que la morale et que la libération des Irakiens à coups de bombes.

On pourrait poursuivre ces réflexions métahistoriques(3). Elles incitent à ne pas être dupe, à discerner les impostures, à se libérer du discours moral appliqué à la politique. La fonction de ce discours est de donner à ses auteurs un pouvoir absolu sur l’esprit de ceux qui écoutent. Si l’on ne retenait que cela de la guerre contre l’Irak, on aurait déjà fait un pas immense sur le chemin de la liberté et de la responsabilité.

 

1. Propos rapportés par Le Monde du 27 mars 2003.

2. Dans Le Figaro du 11 avril 2003.

3. Concept développé dans Histoire et Tradition des Européens.

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