Le roman vrai d'un fasciste français

de Christian Rol, 336 pages

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Le 4 mai 1978, Henri Curiel, militant communiste et anti-colonialiste, membre du réseau Jeanson des porteurs de valises est abattu à son domicile parisien. Le 20 septembre 1979, Pierre Goldman, figure de l'extrême gauche des années 70, est tué par balles à bout portant à quelques mètres de chez lui dans le 13e arrondissement. Ces assassinats qui ne seront jamais élucidés sont signés par une organisation d'extrême droite inconnue : Honneur de la Police. En 2012, peu avant de mourir, un individu discret revendique - à visage couvert - sa participation à l assassinat de Pierre Goldman. Quant à l autre « exécution » dont il assume la paternité auprès de quelques proches, elle est pour la première fois révélée dans ce livre.
Camelot du roi et membre de l'Action française à 14 ans, René Resciniti de Says est un ancien parachutiste. Parti guerroyer dans les Phalanges libanaises, et en Afrique aux côtés de Bob Denard, il a également été « instructeur militaire » en Amérique latine : un affreux .
Loin d être un nervi au front bas, mais ne dédaignant pas l étiquette de voyou , Resciniti de Says est un authentique marquis italien né des noces bâclées entre une mère chanteuse lyrique et un père aventurier parti très tôt du domicile conjugal sur les Champs-Élysées. En outre, s il est « monarchiste », dandy aux élégances onéreuses, ses amitiés, elles, ne le sont pas toujours... et sa conduite non plus. La personnalité baroque de René Resciniti de Says - ce lettré peut déclamer des vers, ivre devant l Institut après une nuit à se battre - sa vie et sa complexité nous épargnent l écueil du registre « fana-mili facho » réducteur et sclérosant. D abord, parce qu il ne fut pas que cela. Sa vie nous renvoie aussi bien au cinéma qu à la littérature, deux registres qu il prisait tant. Où l on passe allègrement des Quatre Cents Coups à la Fureur de vivre - il vouait dans ses jeunes années une adoration à James Dean -, à la langue d Audiard d un Paris interlope, à Beyrouth sous le feu ; et aux personnages de Blondin à qui il ressemblait tellement à la fin de son existence.
Christian Rol revient sur les assassinats commandités au plus niveau, mais au delà du document choc et de l affaire d État dont il fut la main armée par les « services » ne devrait pas manquer de remuer le monde politique, celui du Renseignement, de certains intellectuels et des journalistes. Il s immerge aussi dans une jeunesse agitée au coeur des groupuscules politiques de droite : Occident, Ordre Nouveau et Action Française, qui firent le coup de poing au sein Quartier latin des années 60 et 70 ; et qui furent un vivier riche en gros bras pour les services parallèles du pouvoir de l époque et en futur leaders de la France d aujourd hui. Il donne là un « roman vrai » d un personnage picaresque avec qui nous voyageons d un monde à l autre en embrassant un destin hors norme. Roman signifiant qualité d écriture, densité et exigence littéraire destinées à coller au personnage.

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