Si le coup de force est possible

de Charles Maurras - 94 pages

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Sans pouvoir souhaiter ni espérer le mal, nous ne pouvons pas faire que tant de fautes politiques ne l’engendrent pas. Faut-il s’interdire de le prévoir ou doit-on éviter noblement d’y pourvoir ? Faut-il éviter de se dire que l’ennemi de l’intérieur pourra être un jour accablé des conséquences de ses fautes ou de ses crimes et que nous pourrons profiter d’un instant de stupeur pour nous débarrasser de lui ?

Des incidents sans gravité peuvent d’ailleurs produire tous les effets de démoralisation favorables au coup de force. Pour lui permettre de réussir avec le minimum de résistance et de difficulté, il suffirait d’une minute de distraction et d’absence parmi les défenseurs du régime. La cause ou le prétexte du détraquement spontané n’importe pas du tout. Ce peut être Sedan ou Waterloo ; ce peut être Lạng Sơn, ou la première venue de ces fausses rumeurs qui déterminèrent presque tous les mouvements populaires de la première Révolution. Que la force publique montre du flottement, les chefs civils ou militaires de l’indécision, en ces cas-là (ceci a force d’axiome en histoire, par conséquent en politique), devant un groupe d’individus résolus sachant bien ce qu’ils veulent, où ils vont et par où passer, le reste plie, le reste cède, le reste est mené, enlevé. Ce n’est pas seulement la loi de la lutte civile ou de la sédition heureuse. C’est l’éternelle condition du succès des coups de main dans toutes les guerres connues.

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